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Sur Facebook, Valls et Monteboug 1ers bénéficiaires du débat des primaires PS

A la veille du débat de jeudi dernier (15/09/11) on pouvait se demander si le débat aurait un impact sur les soutiens que les candidats agrègent sur leur page Facebook. En gros, les candidats gagneront-ils des « fans » durant la soirée à l’occasion du débat ?!

Bon, il est vrai que pour cela, il faudrait que les candidats considèrent leur page Facebook comme un outil à parti entière.  Comme je le montrais dans mon dernier billet, c’est malheureusement encore loin d’être le cas …

Cependant nos concitoyens passant de plus en plus de temps conjointement devant la TV et sur la toile, il valait la peine de mesurer la chose.

Voici les résultats :

 

Nbr de soutiens

 

15 sept

16 sept

 

Ségolène Royal

29 102

29212

+0,4 %

Martine Aubry

14 611

14 894

+ 2 %

Arnaud Montebourg

12 084

12 444

+ 3 %

François Hollande

11 619

11 905

+ 2,5 %

Manuel Valls

5 102

5 366

+ 5 %

JM Baylet

679

715

+ 5 %

Quels enseignements peut-on tirer de ces chiffres ?

Si on met de côté Baylet qui part de très loin sur Facebook, il est intéressant de constater que la page ayant le plus progressé à l’issue du débat (Manuel Valls avec + 5%) est celle du candidat ayant été présenté par les commentateurs comme le principal vainqueur du débat.

Si les chiffres en % donne Manuel Valls comme le principal bénéficiaire en progression, en chiffre brut, c’est la page d’Arnaud Montebourg qui progresse le plus avec + 360 fans.

Les pages Facebook des politiques sont elles en passe de devenir un moyen de tâter le pouls de l’opinion en temps réel ?! A voir … L’année électorale qui se présente répondra peut être à la question.

Un effet « débat » 

Même si il a été faible, il est indéniable qu’il y a eu un effet « Débat » sur le nombre de fans. Il suffit pour s’en convaincre de voir que le taux de progression des fans a rechuté depuis sur l’ensemble des pages des candidats.

Alors il est vrai que dans l’absolu, gagner 360 fans (pour Montebourg) en une soirée à l’échelle d’un pays comme la France (avec 21 millions de Français sur Facebook) c’est assez dérisoire. Dans une entreprise, le ROI serait même jugé totalement lamentable …

Bref, il est urgent que les candidats dépassent le stade du « présentéisme » sur Facebook. Car même sans parler de la dimension conversationnelle (traité dans mon dernier billet), un candidat cohérent et rationnel devrait juger prioritaire le fait de rassembler le plus grand nombre de soutiens possibles sur sa page. A la fois pour disposer ainsi d’une audience qualifiée mais également pour pouvoir témoigner de sa popularité dans l’opinion publique.

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Primaires PS sur Facebook : état des lieux à J – 30

photomontage des 6 candidats
A un peu moins d’un mois du 1er tour des primaires socialistes, voici un petit état des lieux de l’utilisation de Facebook par les 6 candidats.

Etat des lieux des soutiens au 12/09/11 :

Ségolène Royal : 28 985 soutiens
Martine Aubry : 14 432
Arnaud Montebourg : 11 914 soutiens
François Hollande : 11 317 soutiens
Manuel Valls : 5084 soutiens
JM Baylet : 653 soutiens

Analyse quantitative / qui est en tête ? qui progresse le + ?

Ségolène Royal caracole en tête … non pas dans les sondages ☺ mais sur Facebook ! Avec près de 29 000 soutiens sur sa page, elle est loin devant les autres candidats. En seconde place, la page Martine Aubry regroupe «seulement» un peu plus de 14 000 soutiens (.

Cette 1ère place s’explique notamment par l’antériorité de la présence de SR sur le réseau social. Elle fut en effet l’une des toutes premières politiques française à aller sur Facebook. Par ailleurs, son statut d’ex candidate à la Présidentielle et de prétendante au poste de 1er secrétaire du PS lui ont permit de capitaliser les soutiens sur sa page depuis maintenant près de 3 ans.

Mais l’antériorité n’explique pas tout. Le nombre de soutiens sur la page a plus que doublé depuis juin dernier passant de 13 000 à près de 29 000 soutiens. On peut y voir un signe que sa popularité reste forte dans l’opinion.

Cette croissance exponentielle du nombre de soutiens est un phénomène qui s’observe également chez les autres principaux candidats.

La « Fan page » d’Aubry est ainsi passé de 3000 soutiens en juin à plus de 14 000 en septembre. Soit une progression de plus de 460 % !

La page publique de François Hollande est quant à elle passé de 2500 à un peu plus de 11 000 soutiens. Soit une progression de 360% !

La page d’Arnaud Montebourg connaît une progression sensiblement égale à celle de François Hollande en passant d’un peu moins de 3000 soutiens à presque 12 000 en septembre.

Pour effectuer les relevés de nombre de fans, je me suis servi des chiffres du baromètre mensuel publiés sur www.top100politique.com

Notons que François Hollande « traine » encore son profil perso comme un boulet plafonné à 5000 amis. Ceci peut en partie expliquer le fait que sa page publique rassemble moins de monde (A titre de comparaison, Manuel Valls a récemment transformé son profil perso en Page publique : il dispose désormais d’une Fan page de plus de 5000 soutiens. Ne doutons pas qu’il va demander à Facebook la fusion avec son autre Fan page qui elle compte environ 1350 soutiens).

Analyse qualitative / Quels usages les candidats font-ils de leurs pages ?

L’utilisation que les candidats font de leurs pages est globalement assez décevante. La majorité d’entre eux se contente de relayer les actus de leur site et de dérouler tel un inventaire à la Prévert, leurs passages dans les médias. Bref, rien de passionnant !

A regretter : une absence totale de Community Management sur les pages

On regrettera surtout que la dimension conversationnelle y soit totalement absente. Alors même que, pour l’ensemble des candidats, chacun des posts publiés suscitent des dizaines voir des centaines de réactions (« j’aime » et/ou commentaires), on ne voit aucun des candidats prendre la peine de rentrer dans la conversation, c’est à dire, réagir aux commentaires, remercier les internautes pour leurs contributions. C’est pourtant le B.A- Ba d’une démarche de Community management sur Facebook. A croire que les débats et discussions se déroulant sur leur Mur ne les intéressent pas …

Malgré le caractère horizontal de la communication sur Facebook, nos politiques s’obstinent à faire du vertical et rien que du vertical.

Alors certes, je ne suis pas assez naïf pour ignorer les enjeux et difficultés de la mise en place d’un Community Management sur une page Facebook. Mais tout de même : ces candidats n’ont-ils pas des équipes de campagnes susceptibles d’assumer ce volet conversationnel ?!

Espérons que les équipes de campagnes corrigent rapidement ces maladresses de débutants …

La mécanique virale de Facebook étant ce qu’elle est, les candidats ont tout à gagner à rentrer dans la conversation s’ils veulent élargir davantage encore l’audience de leur page publique. Question d’ambition ? de génération ? de culture ? Et vous, qu’en pensez vous ?

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2012 : fact checking, data campaign, omni-médiatisation & autonomisation

Transparence politique & 2012

Après 1-2-3 billets d’analyse sur les axes de campagne électorale hérités de 2007 et 2008 et sur les axes émergents dans la perspective de 2012, il convient de dessiner quelques pistes plus concrètes qui permettront d’exploiter ces axes.

Fact checking & débats augmentés : répondre aux enjeux des cohérences immédiate et endogène [cf. le deuxième opus de notre panorama]

Les candidats de 2012 vont devoir concilier deux impératifs apparemment contradictoires : réagir en temps réel et prendre en compte la mémoire temporellement illimitée d’Internet. Pour ce faire, la check list suivante devra être respectée par un candidat pour répondre aux enjeux des cohérences immédiate et endogène :

  • Être préparé en ayant fait son propre travail de fact checking pour ne jamais être surpris et ne pas laisser ses opposants cadrer certains de ses propos de manière négative sans offrir de conte-point ;
  • Ressortir ses propres vidéos d’archive en les contextualisant pour désamorcer de potentielles bombes médiatiques, voire en les resituant dans le temps, à côté d’autres vidéos, pour expliquer l’évolution de ses opinions ;
  • Disposer d’une base argumentaire exploitable à tout instant et couvrant le spectre complet du débat public (emploi, économie, environnement, logement, retraites, agriculture, sécurité, relations internationales, etc.) pour assurer la cohérence immédiate des réponses apportées sur Twitter auprès de nombreux journalistes et leaders d’opinion, notamment en marge de débats télévisés ou d’autres événements en direct dans une logique de télévision augmentée ;
  • Du point de vue de la logistique de campagne, mettre en place un canal très court entre le candidat et la direction de la campagne en ligne afin d’être en situation de réagir et surtout de s’adapter de manière très réactive – c’est d’ailleurs ce que Barack Obama a fait en nommant Joe Rospars comme directeur des stratégies digital pour 2012 ainsi que Mitt Romney avec Zac Moffatt – ce dernier expliquant sur Techpresident l’importance d’une telle configuration.

Data Campaign : répondre aux enjeux de la cohérence exogène [cf. le deuxième opus de notre panorama]

2012 sera la première Data Campaign d’ampleur. À la faveur de l’essor de l’open data, les citoyens, journalistes et think tanks auront en effet à leur disposition de nombreuses données (économiques, sociales, environnementales, etc.) et d’outils pour les convertir en propos graphiques (dataviz) partageables avec le plus grand nombre. Les candidats aux présidentielles veilleront certainement à suivre les points suivants :

  • Prendre en compte la remédiation partielle du débat public opérée autour des données en identifiant les acteurs clés de cette Data Campaign, à savoir les think tanks qui ne manqueront pas d’intervenir dans le débat public, les ONG qui n’hésitent pas à appuyer leurs campagnes sur des données (telle Greenpeace avec « How Dirty is your Data?« ) ainsi que les médias se réclamant du Data Journalism tels Owni, Le Monde avec ses Décodeurs ou encore Libération avec sa rubrique Detox ;
  • Adopter une logique de datatelling consistant à appuyer ses propositions sur des données en respectant certaines règles essentielles de construction des messages ainsi exprimés – définition précise du message à véhiculer, recherche des sources pertinentes et fiables, traitements statistiques nécessaires, contextualisation via l’utilisation de comparaisons, scénarisation des interactions offertes aux utilisateurs pour que ceux-ci appréhendent plus facilement le message d’ensemble à travers leur situation personnelle – voir le très bon « Zoomer ou dézoomer ?Les enjeux politiques des données ouvertes » par Dominique Cardon .

Une campagne omni-médiatique : assumer une certaine « banalité » [cf. le troisième opus de notre panorama]

Si le populisme est tout sauf une tendance nouvelle, l’essor de nouvelles techniques de communication et l’apparition consécutive de nouvelles règles médiatiques (nouveaux espaces et nouveaux acteurs) donnent un relief inédit à cette aspiration égalitariste. Sans prétendre traiter, fut-ce partiellement, de l’impact du populisme sur la substance politique, la représentation de banalité qui accompagne souvent ce mouvement de fond peut être construite et exploitée de la manière suivante :

  • Faire apparaître les coulisses de la campagne via une équipe de journalistes reporters d’images chargés de révéler certains « secrets de fabrication », de donner un rôle aux militants assistant aux meetings ou encore de faire ressortir les moments de spontanéité du candidat ou de son entourage – voir par exemple le travail vidéo initié par Mitt Romney ;
  • Désigner des porte-parole variés disposant chacun d’une expertise claire afin d’éviter de faire apparaître un candidat isolé et par trop « descendant » – sans oublier bien évidemment que le candidat devra conserver une place à part, de chef d’orchestre respecté et incontesté, au sein de ce visage légèrement plus collectif que par le passé ;
  • Conserver à l’esprit que chaque instant d’une campagne est potentiellement enregistré et dès lors médiatique, ce qui ne doit certainement pas conduire à renier toute spontanéité mais à bien veiller à ne pas apparaître en contradiction avec ses idées, ses messages, son personnage public.

Donner une forte autonomie à « son mouvement » [cf. le troisième opus de notre panorama]

Les mouvements politiques récents s’étant construits de manière matricielle et peu hiérarchique, il pourrait être utile, en fonction de sa plateforme politique (nature des messages et du mouvement recherché), d’intégrer un peu de leurs ingrédients dans sa dynamique de campagne :

  • Faciliter l’entrée – et la sortie – du mouvement de soutien grâce à des réseaux et outils créant différents niveaux de militantisme, du partage d’informations sur des réseaux en ligne à l’organisation spontanée d’événements en passant par la participation à des initiatives ou débats créés par d’autres ;
  • Introduire une dynamique de jeu qui permettra de faire émerger et de reconnaître sur une base relativement équitable les meilleurs éléments militants au sein de sa campagne – voir par exemple les outils militants mis en place par Tim Pawlenty ;
  • Au-delà d’une démarche participative qui reste, dans sa genèse, descendante et qui consiste à demander leur avis ou leurs idées aux militants, il sera plus à propos de mettre en place un système de questions-réponses similaire à ceux observés sur Quora ou Facebook Questions. Un tel système permettra à la communauté militante de faire émerger spontanément des sujets de fond ou des problématiques d’organisation et de trouver les premières réponses en son sein. Pour aborder des questions techniques ou plus complexes, un cadrage expert pourrait être effectué par une personne du staff de campagne ou d’un think tank associé avant de lancer la conversation, à la manière de ce que les Ted Conversations proposent.

Ne pas oublier le passé récent : désintermédiation, participation, mobilisation restent d’actualité

Les axes de campagne hérités des années 2004 à 2008 restent bien évidemment d’actualité en 2011 et 2012. Toute campagne devra donc s’appuyer sur les piliers suivants :

Mot de fin (temporaire)

La transparence est en passe de devenir une valeur clé en politique. Barack Obama n’a rien dit d’autre dans son récent discours sur le Moyen-Orient.

Nous soutiendrons l’accès libre à Internet ainsi que le droit des journalistes à être entendus – qu’ils s’expriment dans les colonnes d’un grand média ou sur un blog. Au 21ème siècle, l’information c’est le pouvoir ; la vérité ne peut être cachée ; et la légitimité des gouvernements sera fonction du degré d’information et de participation de ses citoyens.

De manière concrète, les formes de cohérence immédiate, endogène et exogène ainsi que la tendance à une vie publique mettant l’égalité en avant forment le cadre dans lequel la notion de transparence va pouvoir prospérer pour s’imposer aux candidats aux échéances de 2012.

Après ce premier panorama introduisant la séquence électorale de 2011-2012, Netpolitique s’attachera bien sur à fouiller plus en détail les axes qui seront ainsi déployés et les tactiques précises des différents candidats.

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2012 : Netpolitique & Egalité

Transparence politique & égalité

Par-délà les différentes formes de cohérence – immédiate, endogène et exogène – explicitées dans un précédent billet, la valeur-transparence a fait émerger un nouvel axe que les candidats vont devoir prendre en compte en 2012 : l’égalité. Trois mouvements soutiennent cet axe : le succès grandissant du populisme, la révélation de la banalité des êtres, l’émergence d’organisations sans chefs.

Egalité & populisme

Le populisme est une approche politique ancienne, sans doute aussi vieille que le tandem démocratie représentative et suffrage universel direct. Flatter le peuple et ses ardeurs, répondre immédiatement à ses demandes ou encore se représenter comme l’un des siens, tout cela constitue à la fois une cause et un effet de l’aspiration à davantage d’égalité incarnée par le populisme. Ce dernier, bien installé en Amérique du Sud – avec Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie ou encore les péronistes argentins – connaît un succès grandissant en Europe. Les Etats-Unis ne sont pas en reste avec un parti républicain de plus en plus segmenté et une philosophie libertarienne visiblement représentée par le mouvement des Tea Parties et leur égérie médiatique Sarah Palin. Cette dernière a par exemple déployé une stratégie tout entière fondée sur la construction d’une figure populaire, sur une représentation de transparence et de partage des émotions et opinions de la population. Ainsi de la production et de la diffusion d’une émission de télévision intitulée Sarah Palin’s Alaska se posant à la croisée du documentaire et de la télé réalité pour mettre en scène une Mama Grizzly décidément très « ordinaire ».

Egalité & banalité

Par-delà le succès des mouvements politiques populistes, l’aspiration à davantage d’égalité entre les représentés et leurs représentants se retrouve à un niveau plus personnel et individuel. Cause et symptôme évidents d’une transparence toujours plus forte, le caractère quasi-pervasif des moyens d’enregistrement, de production et de diffusion de vidéos ramène les personnages publics à une forme de trivialité ou de banalité que l’ordonnancement ancien du paysage médiatique leur permettait d’éviter. Il était en effet relativement simple de ne représenter, dans un espace médiatique composé de filtres peu nombreux (principalement les journalistes), que le personnage que l’on avait « construit ». Ainsi la parole pouvait être contrôlée, les propos mesurés, la posture travaillée. Il est en revanche bien plus difficile aujourd’hui de ne donner à voir que cette construction médiatique de soi tant les occasions sont nombreuses de voir ses propos – autrefois off – enregistrés et médiatisés. On ne compte plus les personnages publics « piégés » par une caméra ou un appareil mobile enregistrant des paroles qui n’avaient pas nécessairement été prononcées pour un espace médiatique large – voir par exemple ici ou ici ou ici ou .

En conséquence ces constructions médiatiques apparaissent de plus en plus comme des tentatives de dissimulation de la vérité et mécontentent sans doute les électeurs qui y voient une forme de « manoeuvre ». Ainsi de la récente « affaire DSK » qui, nonobstant le fond de l’affaire, a conduit différents commentateurs de la vie publique à voir dans la construction du personnage public DSK le fruit d’une « omerta » ou d’une « conspiration du silence« .

Egalité & organisations sans chefs

Plus important peut-être que la montée du populisme et la mise à nu des personnages publics et de leur banalité, c’est l’émergence de mouvements spontanés complètement antithétiques des précédents modes d’organisation politique qui va profondément bouleverser les campagnes électorales à venir. Les mouvements de révolte biélorusse et iranien en 2009, les récentes révolutions arabes en Tunisie ou en Egypte ainsi que le mouvement des indignés en Espagne caractérisent un nouveau mode d’organisation matriciel et non hiérarchique, souple et non rigide, évolutif et non figé. A la faveur des réseaux sociaux tels Twitter – pour la propagation rapide d’informations tactiques ou utilitaires – et Facebook – pour le partage de contenus vidéos ou textuels de fond – chacun peut apporter une contribution essentielle à un mouvement politique. Ainsi, au sein du mouvement des indignés espagnols – fort bien analysé sur la vie des idées – une forme de démocratie en cascade est en place où chaque représentant est directement responsable devant le niveau qu’il représente, les « mandats » de représentation ne sont pas fixes, les décisions se prennent dans la mesure du possible par consensus. Si ces mouvements naissent de manière organique et non hiérarchique, les lois traditionnelles de la sociologie restent à l’oeuvre et favorisent, à terme, une évolution vers des mouvements plus structurés – voir le très bon billet, en anglais, de Zeynep Tufecki sur la loi de l’oligarchie et le principe d’attachement préférentiel. Certaines tensions naissent ainsi entre un mouvement centrifuge qui distribue largement les rôles et une inclinaison centripète naturelle qui resserre le dispositif, comme en témoigne ainsi le rejet, exprimé par un certain nombre de participants à la révolution égyptienne, à l’endroit de Wael Ghonim qui a souhaité tenir un rôle plus affirmé et identifié dans un mouvement qu’il a su cristalliser mais pas nécessairement lancer.

Sans pouvoir dire si cette forme d’organisation nouvelle sera plus efficiente que les formes politiques associées à nos modes de démocratie représentative, il est certain que celles-là ont vocation à se répandre davantage à mesure que les citoyens seront de plus en plus outillés pour intervenir dans le débat public et s’organiser en groupes d’intérêt fluides et éphémères. Pour autant, il faut garder à l’esprit que ces organisations verront volontiers le jour dans le cadre de campagnes électorales ou de mouvements de protestation tandis que l’exercice du pouvoir nécessitera toujours des formes plus structurées et hiérarchisées de participation des citoyens au débat et à la prise de décision.

A suivre la semaine prochaine une analyse des modalités concrètes de campagne que la cohérence et l’égalité dessinent.

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2012 : Netpolitique & Cohérence

Transparence politique & cohérence

La tendance à une transparence toujours plus présente se fait ressentir directement dans la sphère politique pour imposer aux acteurs qui s’y débattent une certaine obligation de cohérence.

Cette obligation nouvelle ne s’attache pas nécessairement au résultat produit mais aux moyens déployés, c’est-à-dire à la manière de faire de la politique. L’exemple fourni par Wikileaks est à cet égard frappant. Sous la pression conjuguée de cette organisation et des médias, les war logs publiés fin 2010 auront pour partie au moins contribué à pousser Etats et gouvernements à éclaircir quelque peu, vis-à-vis de leurs opinions publiques, leur manière de mener les guerres afghanes et irakiennes. Quant au cablegate de 2011, s’il n’a pas eu d’impact immédiat sur les relations internationales, il pourra permettre aux journalistes et citoyens de soulever d’éventuelles divergences entre des propos publics et des opinions exprimées dans des mémos diplomatiques.

Cohérence immédiate & temps réel

L’expérience majeure de la modernité est celle de l’accélération. Nous le savons et l’éprouvons chaque jour : dans la société moderne, tout devient toujours plus rapide.

L’oeuvre Accélération : Une critique sociale du temps d’Hartmut Rosa pose ainsi ce constat sociologique qui, dans l’univers numérique, s’exprime à travers maints outils et espaces privilégiant une circulation en temps réel de l’information. Facebook et Twitter en particulier forment un espace médiatique temporellement resserré où l’agenda médiatique se fait et se défait au gré de trending topics naissant en quelques minutes et se succédant à un rythme effréné. Il n’est ainsi pas rare de voir un agenda médiatique structuré par des séquences très variées au sein d’une même journée : une annonce politique avant 10h, un projet de loi au déjeuner, une affaire de moeurs pour le goûter et un recadrage au dîner. Cette accélération des flux d’information n’a pas attendu Internet pour être observée, néanmoins le tempo médiatique a encore accéléré ces dernières années. En corollaire l’information se propage par des pores de plus en plus nombreux et n’est plus contrôlée par les seuls médias dits traditionnels, phénomène qu’a bien illustré la couverture d’événements récents tels la mort d’Oussama Ben Laden ou l’affaire ayant conduit à la démission de Dominique Strauss-Kahn de son poste de directeur général du FMI. Dès lors les tactiques anciennes qui consistaient à chercher à atténuer certains traits ou tout simplement masquer certaines actions à la faveur de contacts étroits avec les cerbères de l’agenda médiatique sont en train de perdre la partie face au caractère irrésistible des déferlantes Twitter en temps réel. En conséquence c’est à une forme de cohérence immédiate que les personnages publics doivent s’astreindre, en épousant les contours de l’actualité en temps réel pour assumer ou réfuter (de manière argumentée) les représentations qu’elle construit.

Cohérence endogène & fact checking

Par-delà la percée relative du secret de la vie institutionnelle et diplomatique, l’obligation de cohérence s’imposera de plus en plus aux personnages publics qui contrediraient dans un discours une précédente prise de position. Les technologies numériques rendent accessible chaque unité d’information passée, à un coût marginal quasi-nul. Ainsi de la base de données de l’INA qui permet de retrouver toute prise de parole médiatique d’un personnage public, ou plus prosaïquement des moteurs de recherche qui offrent un accès immédiat aux recoins les plus reculés de notre mémoire collective. Selon Thomas Legrand les journalistes seraient de plus en plus enclins à recourir au fact checking pour vérifier la cohérence des candidats putatifs à la présidentielle de 2012 – exercice auquel les leaders d’opinion actifs sur des blogs et sur Twitter sont déjà rompus.

Cohérence exogène & open data

Si Wikileaks, l’INA ou le fact checking imposent aux personnages publics une forme de cohérence endogène mettant en rapport des propos passés et présents tenus par une même personne, un mouvement tellurico-politique d’ampleur ne va pas manquer d’imposer une forme de cohérence exogène mettant en rapport des propos et les arguments qu’ils articulent : l’open data. Des organisations telles – par exemple – la Sunlight Foundation aux USA, They Work for You au Royaume-Uni ou Regards Citoyens en France ainsi que des développeurs souhaitent d’ores et déjà faciliter l’accès à des données toujours plus nombreuses pour vérifier, analyser et croiser des « réalités » sociales, économiques ou politiques et de les juxtaposer aux affirmations et prétentions de personnages publics. L’ouverture de données sur la criminalité dans certaines villes nord-américaines a par exemple permis de mieux contrôler et piloter le travail policier, allant au-delà d’éventuelles postures ou incantations. Les data.gov, data.gov.uk et, bientôt, data.gouv.fr contribueront peut-être à fournir aux citoyens des outils pour analyser des propositions politique, les « réalités » desquelles celles-ci découlent et sur lesquelles elles entendent agir – j’utilise le mot réalité entre guillemets dans la mesure où cette notion reste toujours relative, appuyée sur des représentations du monde, et que des données, aussi mathématiques soient-elles, ne garantissent en rien une vision objective de ce monde…

Si la vérification de la cohérence endogène des personnages publics est à la portée du plus grand nombre (e.g. comparer deux interviews d’une même personne pour relever d’éventuelles contradictions), il en va différemment du travail de vérification de la cohérence exogène qui requiert des compétences spécifiques et comporte de nombreuses étapes consommatrices de temps et d’argent : recherche des données, recoupements, analyses statistiques, conversion des données en visualisations (dataviz) pour permettre leur appropriation par le plus grand nombre…

Dès lors, après la désintermédiation de 2007, on risque d’assister à une certaine remédiation du débat public au profit des journalistes et think tanks – voir ci-dessous l’interview de Benoît Thieulin qui m’a aiguillé sur cette voie et à qui la paternité du terme revient. Ainsi du Monde.fr avec « Les Décodeurs » ou encore de Libération avec sa rubrique « Désintox » qui entreprennent déjà de soumettre les chiffres mis en avant par les personnages publics au contrôle implacable de la donnée. Notons au passage que ce contrôle n’a rien d’infaillible ou de définitif, ce qu’illustre bien le billet des Décodeurs qui, sur la foi des données recueillies par leur soin, confirme que la France est un des rares pays à avoir conservé un impôt de solidarité sur la fortune tandis que Thomas Piketty – également à l’origine d’une initiative s’appuyant sur de nombreuses données pour guider une réforme fiscale – en appelle à d’autres données pour affirmer l’inverse.


La netpolitique en 2012. Arnaud Dassier. par Netpolitique


La netpolitique en 2012. Benoît Thieulin. par Netpolitique

A suivre, une analyse de la place de la notion d’égalité dans la campagne de 2012.

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De 2007 à 2012, quels axes de campagne ?

2012 sera une grande année électorale ; de nombreux observateurs affutent déjà leur plume pour vous livrer leurs prédictions quant aux résultats qui sortiront des urnes. N’étant au demeurant qu’un bien mauvais devin, je préfère partager en toute modestie les quelques analyses et réflexions – complétées par deux entretiens de qualité avec Benoît Thieulin et Arnaud Dassier – qui m’ont conduit à identifier deux nouveaux axes autour desquels les campagnes de 2012 gagneront à se déployer. J’espère que vous profiterez de la nouvelle robe de Netpolitique pour me faire part de vos analyses et réflexions en la matière.

Sauf nouvelle modification de la durée des mandats présidentiels, il faudra attendre 2032 pour que les calendriers de deux des plus belles élections présidentielles se croisent de nouveau. On peut d’ores et déjà dire de 2012 qu’il sera donc un millésime des plus rares, avec la tenue de l’élection présidentielle française au printemps et des élections présidentielles étasuniennes à l’automne. On retient des précédentes éditions respectives de 2007 et 2008 qu’elles ont marqué un premier tournant dans la manière de battre campagne, fournissant ainsi trois nouveaux axes de révolution pour tout candidat.

2007-2008 : désintermédiation, participation & mobilisation

En France, les campagnes de 2007 prolongèrent – en l’adaptant au contexte national – l’élan des primaires démocrates américaines de 2004 au cours desquelles Howard Dean, savamment conseillé par Joe Trippi, mobilisa une petite armada de blogueurs qui l’aidèrent à accroitre la portée de son message et principalement, à dire vrai, à lever quelques millions de dollars. A droite, via Internet, Nicolas Sarkozy – dont un des intervenants sur sa campagne en ligne fut Arnaud Dassier dont vous pouvez écouter une récente interview ci-dessous – entreprit d’établir un lien direct avec les électeurs en déployant une stratégie d’e-mailing efficace et une campagne faisant bon usage du canal vidéo pour s’assurer d’une transmission non altérée de ses messages. À gauche, grâce au web social et à son réseau de blogs Désirs d’Avenir mis en place par une équipe de campagne web emmenée par Benoît Thieulin (dont une interview est également disponible ci-dessous), Ségolène Royal s’appuya sur une campagne participative tant quant à la définition de son programme, ou à tout le moins de ses messages, qu’à leur bonne circulation – via un maillage fin et organique des médias sociaux et surtout du territoire.


Retour sur 2007. Arnaud Dassier sur Netpolitique. par Netpolitique


Retour sur 2006-2007. Benoît Thieulin sur… par Netpolitique

La présidentielle de 2007 fut donc marquée du sceau d’une désintermédiation accrue de la relation entre le candidat et les électeurs et de la participation de ces derniers à la campagne – ce que ceux-ci avaient déjà remarquablement fait en 2005 à l’occasion du débat sur le traité constitutionnel européen. L’ère de la netpolitique ouverte en 2004 en Amérique du Nord fut ainsi prolongée en France et en Europe de 2005 à 2007 avant de revenir aux Etats-Unis à l’occasion des présidentielles de 2008 qui marquèrent une étape majeure de cette nouvelle ère. Ces présidentielles furent sans conteste caractérisées par un mot : mobilisation. Les campagnes d’Hillary Clinton ou Ron Paul lors des primaires puis de John McCain lors du sprint final firent toutes un usage remarquable des outils numériques et de leur faculté à désintermédier la relation entre un candidat et ses électeurs. Pour autant, c’est la campagne de Barack Obama qui a marqué les esprits en levant une véritable armée de supporters qui se mobilisèrent pour frapper aux portes (le fameux canvassing des campagnes électorales américaines), publier commentaires et billets sur le web, financer la campagne, inciter les non-inscrits à s’enregistrer sur les listes électorales ou encore veiller à ce que les électeurs potentiels de leur candidat se déplacent bien le jour du scrutin (démarche dite de get out the vote). C’est ainsi un véritable mouvement rigoureusement pensé, organisé et en partie décentralisé que David Plouffe, David Axelrod et Joe Rospars surent faire naître et faire vivre autour d’une interjection aussi courte qu’elle était puissante : « change« .

Désintermédiation. Participation. Mobilisation. Voilà donc le triptyque que 2007 et 2008 nous ont laissé en héritage. S’il est à ne pas douter que celui-ci figurera en bonne place sur la partition de 2012, deux nouvelles notes, faisant écho à la notion de transparence, ne vont pas manquer de se faire entendre en raison de la place qu’elles occupent déjà au sein du corps social.

Transparence, anthropologie et politique

La transparence est une valeur qui s’est progressivement installée dans la vie quotidienne des individus. Ce sont d’abord les jeunes générations qui ont commencé à développer une sphère extime au sein d’espaces privés collectifs tels « chat rooms » ou MSN Messenger, puis d’espaces semi-privés en clair-obscur tels des réseaux sociaux spécialisés comme MySpace ou Skyrock. Avec l’apparition de Facebook, la création et la gestion de l’extimité se sont étendues à des personnes de tous âges. Bien loin de constituer la disparition de la notion de vie privée, cette transparence nouvelle redéfinit des frontières anthropologiques anciennes et touche ainsi aux fondements mêmes de notre organisation sociale … et politique. Ce mouvement dessine deux axes que les institutions et personnages publics devront intégrer à leurs stratégies de communication : la cohérence et l’égalité.

Un prochain billet vous proposera une plongée dans la notion de cohérence.

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