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Synthèse hebdo des bookmarks de Netpolitique (weekly)

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Facebook, Google et les œillères de la démocratie

Il y a quelques années de cela, j’avais un prof de journalisme qui s’inquiétait de ce que, avec Internet, le lecteur peut choisir les nouvelles et les sujets qui l’intéressent, sans que son regard ne croise, au gré de la lecture du journal, un titre ou une actu sortant de son champ d’intérêt immédiat.

Cette vision parait bien sûr surannée, tant nous avons pris l’habitude de sélectionner nos fils de news, notre page d’accueil, nos flux rss et autres filtres informationnels personnalisés. La liberté d’information sur internet c’est d’abord une liberté de sélection de l’information, affranchie des choix éditoriaux –ou commerciaux- des médias traditionnels a-t-on souvent entendu.

Dans une seconde étape, avec l’avènement des réseaux sociaux, nous avons progressivement eu de plus en plus recours à notre graphe social comme filtre informationnel.

Alors que l’utilisation de lecteurs RSS était restée modeste au sein du grand public, le développement de Facebook a propulsé le newsfeed Facebook au cœur du système d’information d’une proportion croissante d’internautes. Il n’est plus rare d’entendre les blogueurs dirent que leur timeline Twitter a remplacé leur lecteur RSS ou de constater que le newsfeed Facebook tient aujourd’hui lieu de fil d’infos continu de nombreux internautes. « Si l’information est importante, elle viendra jusqu’à moi », et elle le fait au travers de nos amis, de notre réseau, de nos collègues, par email, Twitter, Facebook et tout autre point de contact de notre graphe social.

Une troisième étape semble se dessine à présent, ou les réseaux sociaux et les moteurs de recherche anticipent vos propres désirs en matière d’information, et ajustent leurs résultats en fonction de vos historiques de navigation, de consultation, et d’interaction avec l’information. Facebook, mais également Google, sont au cœur de ce nouveau système de filtrage qui remplace les « gatekeepers » journalistiques par des gatekeepers algorithmiques. Imaginez que votre boîte mail sélectionne automatiquement les mails qui s’affichent en fonction de ceux que vous avez l’habitude de lire, ou de votre degré d’interaction avec tel ou tel destinataire. A contrario, les messages que vous ouvrez rarement ou ne consultez pas n’apparaitraient tout simplement plus. Pratique et efficace certes, mais légèrement inquiétant de savoir qu’un logiciel estime à votre place ce qu’il est utile et inutile de porter à votre connaissance.

C’est en quelque sorte la direction prise par Facebook et par Google, qui redoublent d’efforts pour maximiser le taux d’intérêt et d’interaction avec votre propre cercle d’amis sur Facebook (le tout-puissant Edgerank) en occultant tout ou partie des contenus que vous « likez » ou commentez peu. Ce filtrage intelligent, présente l’agréable avantage de réduire le bruit de fond pour ne proposer au lecteur que les contenus les plus susceptibles de l’intéresser. La sérendipité, au coeur de la navigationn hypertexte, devient toute relative lorsque une même recherche sur Google renvoie différents résultats d’une personne à l’autre, ou que les informations de votre newsfeed vous sont présentées (ou non) en fonction de vos habitudes de consultation et d’interactions.

En créant ces procédés de filtrage intelligents, les géants de l’internet ont essayé d’apporter une réponse technique à la surabondance d’information qui nous submerge, quitte à y perdre au passage un peu de cette liberté de sélection de l’information si appréciable avec internet.  On connaissait la tendance « homophile » de la blogosphère, selon laquelle on tend à consulter les blogs qui reflètent et confortent nos opinions existantes. Ce que Facebook et Google (mais pas Twitter) proposent n’est que la traduction algorithmique de ce trait sociologique. Sans le savoir, nous avons donc remplacé les gatekeepers d’hier, par de nouveaux gatekeepers automatisés, programmés en fonction de notre habitus web.

Comme le souligne très justement Eli Pariser dans cette excellente présentation « beware of the online filter bubble« ), un tel système d’hyper-personnalisation de l’information ne sera pas sans conséquence sur l’espace public dans lequel nous évoluons. Il était déjà facile de surfer loin des opinions contradictoires ou dérangeantes, dorénavant, Facebook et Google pourront faire en sorte que vous n’y soyez jamais confrontées :

 

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Facebook devrait-il se doter d’une Constitution ?

La Révolution du Jasmin a tressé une couronne de lauriers au réseau social Facebook. Nous avons tous entendus, ici et là, les louanges médiatiques qui le classent désormais parmi les nouveaux porte-voix des peuples opprimés (pour le contre-argumentaire, voir l’article “Réseaux sociaux et révolution arabe”).

Partant de ce constat de puissance mobilisatrice, il n’est pas sage de faire l’économie d’une réflexion sur le rôle politique et démocratique du réseau social. En effet, comme toute puissance, Facebook ne devrait-il pas justement être soumis, ou se soumettre lui-même, à des règles de limitation de son pouvoir ? Que cela s’appelle “séparation des pouvoirs” ou “checks and balances”, c’est là le principe constitutionnel de base de toute démocratie depuis des siècles. Or, le réseau social dépasse souvent les attributions qui devraient être celles d’un média, ou d’un outil au service d’une communauté. Il se place hors du contrôle démocratique car il n’est jamais soumis à une Loi fondamentale, document de principes qui l’auto-régulerait.

Voici donc quelques arguments qui militent, à mon sens, pour l’édiction d’une charte politique dont l’objectif serait d’éviter trois possibles dérapages :

L’omnipotence d’un « Réseau-Nation »

Vous vous dites sûrement que seule une puissance étatique devrait se soumettre à des règles constitutionnelles. C’est vrai. Oui mais voilà, la thèse d’un réseau social dont la nature institutionnelle ne serait pas très éloignée de celle d’un État-nation, ne cesse de se confirmer. Nous l’affirmions en 2009 dans l’article “L’ère des réseaux Nations”, dans lequel nous constations que la définition politico-juridique de l’Etat nation collait très bien à la peau du réseau social. Depuis, ce processus d’étatisation s’accélère : Facebook a ainsi vu sa “population” grimper de 325 à 650 millions d’âmes. Facebook accapare aussi petit à petit les attributs de l’Etat régalien, en se dotant par exemple d’une monnaie. Pierre Bellanger (le fondateur du réseau Skyblog), dans un article récent sur “L’avenir des réseaux sociaux”, explique très bien cette prise de pouvoir des attributs régaliens par les réseaux, notamment via le levier transactionnel :

Un service de réseau social est un État virtuel sous l’autorité et le contrôle de son propriétaire qui en édicte les lois d’usage, traduites en code informatique ; ce qui en garantit l’application. Le service en vient naturellement à assurer des fonctions régaliennes de sécurité et de police allant jusqu’à la peine de mort virtuelle : le bannissement du réseau social. Dans ce contexte étatique, le service est amené à créer sa propre monnaie développée d’abord généralement sur les jeux, pour s’étendre ensuite à des partenariats avec des annonceurs. La monnaie virtuelle est destinée à devenir convertible en devise réelle, dotant les jeux de gains attrayants. La monnaie peut être employée, enfin, pour les transactions entre les utilisateurs et en complément des transactions réelles. De fait, le service se constitue en puissance économique par le pouvoir d’achat collectif de ses membres dont il contrôle l’accès sur le service. Qui dit État dit impôt. Celui‐ci prend ici la forme d’un prélèvement sur toutes les transactions intervenant sur le service : entre les commerçants et les membres et entre les membres eux‐ mêmes. Le service de réseau social fusionne ainsi des fonctions rémunératrices de la carte bancaire, du groupement d’achat et de l’État. »

L’autoritarisme : “Car tel est notre bon plaisir”

Cette formule royale inaugurée par François 1er sied parfaitement à l’absolutisme de la direction de Facebook. Les perpétuels changements de CGU (Conditions Générales d’Utilisation) sans consultation sont monnaie courante. Plus exactement, Facebook s’était prêté un moment à un exercice de démocratie, comme nous l’avions expliqué dans l’article “L’ère des réseaux nations”:

“Ces 4 critères (Ndlr : de la définition de la Nation selon Renan) sont incroyablement condensés dans cette vidéo de Facebook Site Governance, dans laquelle Mark Zuckerberg (le Président / PDG /Monarque de Facebook) invite pour la première fois la population Facebook à voter. Le trait le plus caractéristique de cette vidéo est sûrement que vous ne la trouverez nulle part ailleurs sur le web: ni sur Youtube, ni sur un blog, nul part… Mark Zuckerberg s’adresse exclusivement à la population Facebook, sur son territoire, en invitant à un nouveau principe de gouvernance tout en renforçant le sentiment d’appartenance au réseau”

Sans convaincre tout à fait les utilisateurs, comme le prouve par exemple cette jacquerie virale qui a eu lieu sur le réseau pas plus tard qu’aujourd’hui :

Mais il y a encore plus grave : lorsque des règles semblent établies, le respect de leur application dépend du bon vouloir de Facebook. Un exemple frappant est celui des règles de promotion des marques sur le réseau, édictées dans le “promotion guidelines”. Outre le fait que sa compréhension nécessite l’exégèse des community managers gérant la marque (pourquoi pas, Bonaparte ne disait-il pas qu’une “bonne Constitution doit être courte et obscure” ?), le pouvoir de police (le service commercial de Facebook, en fait) qui en contrôle la bonne application est totalement injuste : ainsi, la marque Kiabi a vu sa page fan fermée (bannissement décrit par Bellanger) pour non respect des règles, alors que d’autres marques totalement hors la loi continuent à officier sur le réseau… Face à une justice à deux vitesses pour les marques, on est en droit de poser la question pour les politiques. Même si aucun cas de “bannissement” politique n’est avéré, en l’état rien n’aurait pu empecher Facebook de déclarer brusquement et unilatéralement que la page de Ouattara n’était pas conforme tandis que celle de Gbagbo l’était, ou vice et versa, selon son bon plaisir.


L’esprit partisan

Cette projection nous amène au troisième élément en faveur d’une constitutionnalisation. Facebook a en effet franchi un cap en organisant le Town Hall de Barack Obama il y a quelques jours. On peut bien sûr s’enthousiasmer pour cette nouvelle façon de s’adresser aux électeurs, ou encore s’extasier sur la cravate de Mark Zuckerberg, comme l’ont fait certains commentateurs… Mais tout de même, ce dispositif pro-Obama induit une question lancinante : Facebook invitera t’il le candidat Républicain à un Town Hall comme il l’a fait pour Obama ? Il faut avoir conscience que Facebook n’est plus le simple outil social qui a permis à Obama de se faire connaitre sur le web en 2008. Facebook est en 2011 l’organisateur d’un show politique digital avec Zuckerberg en présentateur star…

En guise de conclusion, une dernière remarque qui a son importance : une Constitution n’existe pas sans pouvoir Constituant (Une Assemblée Nationale, des Pères fondateurs, etc.). N’en demandons pas tant : une simple déclaration de principes ou une Charte de bonne conduite, même émise par Facebook, suffirait à éviter les trois types de dérapages évoqués ci-dessus : omnipotence, autoritarisme, partisanerie…

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Netpolitique

Epheméride : netpolitiweets du mois

Retrouvez ci dessous les principaux tweets de la veille de netpolitique du mois d’avril 2011 :
10 comptes Twitter de personnalités PS passés à la loupe http://bit.ly/lai36K via @LaNetscouade
April 29, 2011 at 10:33

New York City Sees Its Future as a Data Platform http://bit.ly/iGJ5rJ
May 1, 2011 at 10:46

Comment utiliser le nouveau BarackObama.com? http://bit.ly/kaOYRp
April 29, 2011 at 17:36

10 comptes Twitter de personnalités PS passés à la loupe http://bit.ly/lai36K via

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Les ministères sur Twitter : 1er état des lieux

Après mon billet (sur pargatruk.fr) du mois dernier sur la présence des ministres sur Twitter, je m’attaque aujourd’hui aux ministères ! Je me suis en effet rendu compte lors de mes recherches, qu’au delà des Politiques intuitu personae, la présence institutionnelle des ministères se développait également sur la plateforme de micro-blogging. J’ai donc entrepris de les recenser.

Sur les quinze ministères que compte le gouvernement actuel, on recense six ministères présents sur Twitter avec un total de 11 comptes. Le ministère de l’Emploi, du travail et de la Santé compte en effet 3 profils et la Défense également. Si ce mouvement n’est pas encore un raz de marée (désolé pour la métaphore), ce n’est plus un épiphénomène.

Petit panorama et état des lieux

Qui sont les plus suivis ?
Le ministère comptant le plus de followers sur son compte est le MAE avec 69 570 abonnés au 24 mars. Il est suivi, loin derrière, par l’Education Nationale (21 043 followers) et le ministère de l’Intérieur (8825 followers).

Qui tweete le plus ?
Les trois ministères le plus bavard sont Bercy avec 3821 tweets au compteur, suivi par le MAE (1588 tweets) et l’intérieur (1176 tweets publiés).

Stratégie d’abonnement
Si on veut jouer le jeu, sur Twitter, on vient autant pour publier que pour écouter. Çà manifestement, les ministères ne l’ont pas encore compris. A l’exception de Bercy qui suit près de 1000 comptes, la majorité des autres ministères présent ne suit personne ou alors seulement une poignée de comptes (très souvent d’ailleurs, ceux des autres ministères !) : De là à croire qu’ils n’utilisent Twitter que pour faire du « push » d’infos en provenance de leur site, il n’y a qu’un pas …

Stratégie de publication et de conversation : focus sur le MAE, Bercy et Beauvau

>> Quai d’Orsay
Prime au plus ancien, @Francediplo, le compte du MAE tire très bien son épingle du jeu : les Retweet sont fréquents, les replys un peu moins mais il y en a. Enfin, les hashtags (#) sont présent sur la quasi totalité des tweets. On remarquera également que le MAE entretient les échanges avec le réseau d’ambassades Françaises présentes sur Twitter. En résumé, le quai d’Orsay maitrise les codes de Twitter et les utilisent de manière pertinente. Seul petit bémol, on peut regretter que le partage d’infos ne soit pas étendu au fruit de la veille que le MAE doit effectuer sur la toile.

>> Bercy
Pas très loin derrière le Quai d’Orsay, on retrouve le ministère des Finances qui contrairement au ministère de l’intérieur a découvert les vertus des services de raccourcis d’URL ! (un peu d’entraide interministérielle ne nuirait pas ☺). Premier élément positif, Bercy dispose d’un fond de page personnalisé qui liste l’ensemble des sites et dispositifs du MINEFI sur la toile et les médias sociaux. Récemment, Bercy s’est essayé à la couverture « Live tweet » d’un colloque : c’est encore assez peu fréquent dans le domaine publique pour être signalé. On regrettera l’absence quasi totale de RT et de reply qui sont pour le moment l’exception et non la règle, c’est bien dommage.

>> Ministère de l’intérieur

1ère question à trancher : est-ce le compte du ministère de l’intérieur ou celui du ministre ?! ☺ La question, vous en conviendrez n’a rien d’anodine. Sinon, initiative intéressante lors du 1er tour des cantonales avec une sorte de « Live Tweet » des résultats département par département. Bon, le problème est que tous ces tweets ont été diffusé le lendemain … ☹

En conclusion : il est urgent de dépasser le stade du « présentéisme »

Si certains ministères commencent à avoir un peu de recul et à consolider leur positionnement et leur stratégie de publication sur Twitter, la majorité des autres ministères en est encore au stade du « présentéisme » : ils y sont. Et s’en servent pour faire du « push d’infos TOP >> DOWN. C’est dommage car c’est faire du vieux avec du neuf.

Certes, Twitter n’est pas un outil évident à appréhender. Trouver le bon positionnement éditorial peut prendre du temps. Mais ce n’est pas parce que c’est « tendance » qu’il faut être présent sur Twitter mais parce qu’on a établi un vrai projet et positionnement éditorial : Quels objectifs ? Quelles cibles ? Quelle stratégie de publication et d’animation ? Enfin, quelle stratégie de conversation ? La gratuité de l’outil ne dispense pas de se poser toutes ces questions.

>> Cinq petits conseils pour pérenniser sa présence sur Twitter

1 / Clarifier le projet éditorial (et la place du ministre !)
2 / Adopter les codes et usages en vigueur sur Twitter
3 / Ne pas parler que de soi mais partager le fruit de sa veille
4 / Engager la conversation (oui, c’est nouveau et vous n’avez pas l’habitude ! Mais avec un peu de persévérance, vous y arriverez !)
5 / Ne pas limiter l’usage de Twitter au service communication (Vous ne voyez pas de quoi je veux parler ?! Contactez moi, je vous en dirai plus).

Retrouver la liste des ministères Français présent sur Twitter sur cette liste publique sur mon compte Twitter : https://twitter.com/#!/pargatruk/ministères

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Ephémeride netpolitique : les tweets de la semaine

Retrouvez ci dessous les principaux tweets de la veille de netpolitique :

Comment la jeunesse du Bahrein s’organise jour après jour sur Facebook :
Tweet : Arab Spring’s Youth Movement Spreads, Then Hits Wall

La révolution égyptienne racontée par l’un de ses héros, auteur de la page Facebook « We Are All Khaled Said » :

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Réseaux sociaux et révolutions arabes

Remarque : il est délicat d’essayer d’analyser des phénomènes aussi brûlants que ceux qui secouent aujourd’hui le monde arabe, et ce d’autant plus que j’avoue une large ignorance de la culture politique et internet de ces pays. Pour autant, et à force de lire des articles plus ou moins fouillés sur le rôle qu’aurait ou n’aurait pas joué internet dans ces mouvement, j’ai voulu tenter une synthèse de ces analyses pour ma propre gouverne d’une part, et pour partager ces questions avec les lecteurs de netpolitique d’autre part, dont certains assurément auront d’autres points de vue et compétences pour en parler. Merci notamment à Cherif T. pour ses précieux commentaires.

Avec la déferlante d’informations relatives aux évènements du monde arabe, une vague d’articles et d’analyses a surgi ces derniers mois, offrant différentes interprétations du rôle des réseaux sociaux dans les bouleversements actuels. Agitateur, moteur, ou catalyseur, Facebook, Twitter et les réseaux sociaux en général ont-ils fait chuter les premiers dominos d’une longue série de régimes autocratiques ? On sait où cela a commencé, mais on ne sait pas où cela finira.

De même, l’article de Malcolm Gladwell dans le New Yorker en octobre dernier amorçait une longue discussion sur le potentiel révolutionnaire des médias sociaux.
Dans cet article, intitulé « why the revolution will not be tweeted », Malcolm Gladwell, journaliste et célèbre auteur du Tipping Point (« le point de bascule » en français) abondait lourdement dans le sens des sceptiques sur le potentiel des médias sociaux en tant qu’outils de mobilisation sociale.

La thèse de Gladwell consistait en substance a démystifier la puissance des réseaux sociaux en rappelant que les outils seuls ne font pas les révolutions, et que les vrais révolutionnaires de l’histoire (en prenant l’exemple du mouvement pour les droits civiques aux Etats Unis) étaient unis dans l’adversité par des liens forts. Comparé aux liens qui unissent, face aux menaces et aux matraques, les vrais révolutionnaires, les liens faibles qui relient les gens entre eux sur Facebook ou Twitter seraient trop fragiles pour affronter l’ordre établi et ses défenseurs armés.

Ironie de l’Histoire avec un grand H, le déclenchement des évènements en Afrique du Nord quelques semaines plus tard allaient violemment contredire la thèse de Gladwell et ses nombreux détracteurs ne se sont pas privés de le souligner,  scellant une fois pour toute le débat en faveur de thèses plus progressistes (généralement associées à Clay Shirky, qu’il a lui-même résumé dans cet article de Foreign Affairs de janvier).

Allons à l’essentiel, le débat est aujourd’hui relativement tranché : personne ne se risque à dire que Facebook ou Twitter ont déclenché ces révolutions  – ce serait un contre-sens et une insulte à l’égard de ceux qui ont péri dans les affrontements comme le rappelle utilement Bruno Walther, à commencer par le sacrifice de Mohamed Bouazizi- mais tous s’accordent désormais pour reconnaitre que les réseaux sociaux ont joué un formidable rôle d’accélérateur de la révolte populaire qui couvait depuis de nombreuses années.

Wael Ghonim, largement présenté comme l’un des héros de la révolution égyptienne au travers de la page Facebook qu’il animait résume parfaitement cet impact à la fois relatif et décisif de Facebook :

« Cette révolution a commencé en ligne. Cette révolution a commencé sur Facebook. Cette révolution a commencé en juin 2010 quand des centaines de milliers d’Egyptiens ont commencé à partager des contenus. On publiait une vidéo sur Facebook ensuite partagée par plus de 60 000 personnes sur leur mur Facebook en quelques heures ». Et d’ajouter ensuite : « je ne suis pas un héros. J’écrivais derrière mon clavier sur internet et je ne mettais pas ma vie en danger. Les héros sont ceux qui étaient dans la rue ». (source)

La question que tente de reposer dans ce nouvel article (Foreign Affairs, Mars 2011) Malcolm Gladwell de savoir si ces révolutions auraient eu lieu sans la variable internet semble aujourd’hui dénuée de sens. Il est impossible de reconstituer l’histoire en enlevant un ingrédient pour voir si la réaction chimique s’opère de la même manière. Ce sont désormais des débats académiques que les dirigeants politiques ont pour leur part déjà tranché.

Si internet n’avaient pas d’impact, les régimes autoritaires alors en place auraient-ils tout tenté pour bloquer les connexions ? Le pouvoir tunisien aurait-il créé une opération de phishing à grande échelle pour capter les mots de passe Facebook et identifier les acteurs et réseaux agitateurs ? L’armée égyptienne serait elle directement intervenue pour suspendre l’accès à internet au plus fort du mouvement. Le régime iranien enfin, inquiet des  exemples nord-africains, aurait-il créé depuis un « délit de médiatisation » ?

Les exemples abondent et certains pays, comme le Soudan, se révèlent particulièrement inventifs pour passer d’une stratégie défensive à une stratégie offensive (cf. également Evgeny Morozov, auteur de l’ouvrage Net Delusion détaillant l’utilisation d’internet comme instrument de surveillance étatique ou ce billet expliquant comment instrumentaliser Facebook si vous  êtes un dictateur). De même, les Etats-Unis ne s’y trompent pas non plus en débloquant des fonds pour soutenir le développement et l’accès à internet pour les cyber-dissidents.

Bref, ce débat n’a apparemment plus lieu d’être, mais en actant le rôle de Twitter ou de Facebook, on occulte une analyse nécessaire sur les ressorts sociologiques et même psychologiques de ces outils qui ont contribué à transformer, par la force des liens faibles, de simples fans en avant-garde révolutionnaire.

Dans son article initial, Gladwell distingue avec raison les liens faibles, qui facilitent le partage de l’information, et les liens forts qui unissent des groupes engagés dans l’action politique parfois au péril de leur vie (« weak-tie connections that give us access to information over the strong-tie connections that help us persevere in the face of danger”). Il a cependant tort de les opposer alors qu’ils sont éminemment complémentaires.

Certes les liens faibles ne sont pas suffisamment forts pour transformer un groupe d’amis Facebook en comité révolutionnaire, mais ils sont déterminants, comme le démontrait Anthony dans son dernier billet, dans la diffusion d’information à l’égard des médias, notamment étrangers (cf. en Iran en 2009) et de la diaspora. Comme le résume le chercheur Patrick Meier (spécialiste des mobilisations en ligne dans le pays en développement) lorsque des communautés sont confrontées à des risques plus ou moins élevés, « il est pertinent de capitaliser à la fois sur les liens forts ET les liens faibles, en fonction des structures d’organisations adaptées, des tactiques offline et des outils online ».

Lorsque Wael Ghonim explique que les vidéos qu’il mettait en ligne étaient ensuite republiées des dizaines de milliers de fois, il capitalise sur les liens faibles du réseau pour une diffusion plus large au sein des différentes communautés auquel il n’aurait lui-même pas directement accès.
Le graphique ci-dessous (source), résume assez bien le défaut et l’avantage de Facebook en terme de diffusion de masse versus l’action collective :

De par son réseau et sa mécanique virale, Facebook est un extraordinaire vecteur de partage d’information. Mais c’est aussi ce qui fait sa faiblesse dans la mesure où Facebook s’appuie essentiellement sur des liens généralement trop faibles pour convertir l’information en action (en tout cas pour les pages publiques, il y aurait des choses à redire en ce qui concerne les groupes privés). Pour autant, comme on va le voir ci après, le stade de l’awareness (partage d’information ou « prise de conscience ») est fondamental

En effet, que l’on parle de Facebook, ou de tous les outils, pré et post internet qui ont à un moment donné été utilisés par des mouvement révolutionnaires, ceux-ci s’appuient fondamentalement sur un même ressort profondément ancré dans la psychologie humaine. C’est ce que l’armée américaine appelle « shared awareness » (qu’on pourrait traduire par la connaissance, ou la prise de conscience, partagée) et ce à quoi Gustave Le Bon faisait référence, dans son fameux ouvrage « psychologie des foules » un bon siècle avant l’arrivée d’internet, en parlant de « la loi de l’unité mentale des foules ».

Une foule n’est jamais un agrégat d’individus, c’est un ensemble qui sous l’influence d’un catalyseur devient un tout, présentant de nouvelles propriétés, capacités et formes de communication. En l’espèce, les médias sociaux facilite le rôle de ceux aui, comme l’enfant dans la fable, voient que le roi est nu et le disent publiquement, permettant à des individus vivant dans la crainte et la répression de voir qu’ils n’étaient pas seuls à le penser, mais silencieux au sein d’une majorité silencieuse.

Lorsque Ghonim indique dans une interview télévisée que l’application « sondage » de sa page Facebook s’est révélée être décisive (« The secret to the success of the Facebook page was use of surveys », il met le doigt sur ce ressort profond qui d’un seul coup donne corps à la multitude. Soudainement, il y a une prise de conscience de la dimension collective des sentiments personnels et la communion d’opinions  s’opère.

La sociologue d’origine turque Zeynep Tufekci résume parfaitement l’impact de ce phénomène contres lesquels les dictatures ont toujours lutté et qu’elles ne parviennent plus aujourd’hui à contrôler du fait de la nature décentralisée, insaisissable de l’internet :

« Ce qui est le plus menaçant dans internet pour les régimes autoritaires, ce n’est pas tant la diffusion d’informations censurées que sa capacité à permettre la formation d’un contre-public en dehors du contrôle de l’Etat. Ce n’est pas tant que les gens attendent tel ou tel élément d’information –caché derrière la muraille de la censure- pour se révolter mais qu’ils se sentent isolés, incertain du pouvoir du régime, inquiet de leur propre position et capacités.

La dissidence, ce n’est pas seulement de savoir ce que vous pensez ; c’est aussi la formation d’un groupe. Un groupe ne se limite pas à ce que vous savez. Les groupes se forment autour du fait que d’autres personnes savent ce que vous savez et qu’ils savent que vous savez ce qu’ils savent. (…)

Dès lors, les médias sociaux deviennent extrêmement menaçants pour un régime autoritaire au travers de leur capacité à créer un espace public intégré au sein même de la vie quotidienne de millions de gens et qui se situe en dehors du contrôle de l’Etat, d’une part parce qu’il est largement diffus et d’autre part parce qu’il n’est pas uniquement consacré à la politique. Comment censurer cinq millions de comptes Facebook en temps réel à moins de les fermer tous ? » (source)

En termes de prise de conscience collective, on devrait également souligner le rôle des diasporas, dans la culture globalisée des jeunes de la génération Facebook dans ces pays qui se comparent aisément avec leurs congénères, voire leurs relations familiales expatriées dans des pays démocratiques, et aspirent à bénéficier des mêmes libertés que ces cousins et amis qui s’affichent dans leur fil Facebook jour après jour.

« La formation d’une identité globale remplace progressivement les cadres identitaires traditionnels (national/religieux/ethnique). C’est un changement subtil qui prendra de nombreuses années, mais les médias sociaux jouent un rôle central dans ce processus (…) Lorsque vous commencez à vous voir comme un citoyen du monde, cela modifie vos attentes par rapport à ce que vous pensez mériter dans la vie, et soulève d’importantes questions en termes d’équilibre des forces dans votre relation avec votre gouvernement. » (source)

Conclusion : L’utilisation des médias sociaux n’est donc pas simplement une variable que l’on ajoute ou retranche, c’est un élément aussi essentiel d’activation de l’opinion collective que la télévision à l’époque de la lutte pour les droits civiques dont parlait Gladwell, les SMS en Espagne en 2004 qui ont fait chuter le gouvernement Aznar, ou les samizdats en Pologne et en Tchécoslovaquie à la fin des années 80 contre le régime soviétique.

In fine, si c’est évidemment la rue arabe qui a fait tomber les tyrans, on peut penser que ce sont bien les medias sociaux qui ont aidé les citoyens à descendre dans la rue.

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