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ACTA : le grain de sable dans la net-campagne ?

(post initialement publié pour « 2012 Express » sur l’Express.fr)

Alors que des milliers d’opposants au traité ACTA défilaient en Europe ce weekend, le gouvernement allemand vient d’annoncer qu’il suspendait sa décision dans l’attente de l’examen par le Parlement européen. Face à la grogne montante et au revirement de plusieurs pays européens ces dernières semaines, la décision du voisin allemand pèse lourd et pourrait bien s’inviter inopinément dans la campagne française. Après le boulet Hadopi, la peau de banane ACTA ?

ACTA, cet obscur traité multilatéral, qui prévoit une coopération accrue en matière contre la contrefaçon et implique des mesures de surveillance des réseaux pour lutter contre le « piratage », a d’ores et déjà été ratifié par 22 pays, dont la France. Face à la fronde qui s’annonce, les Euro-députés apparaissant de plus en plus divisés et s’attendent à un débat houleux. Le président du Parlement européen, Martin Schultz est intervenu lui-même à la télévision allemande, aux lendemains de manifestations réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes en Allemange, pour critiquer le traité dans sa forme actuelle, qu’il juge « déséquilibré ». Kader Arif, rapporteur sur le texte, avait quant à lui carrément démissionné le 26 janvier dernier, dénonçant une mascarade.

Certains ne manqueront pas de faire le parallèle avec la violente controverse qui avait secoué le Congrès américain le mois dernier lors de l’examen des propositions de lois SOPA et PIPA, enterrée avec pertes et fracas par la mobilisation conjointe de millions d’internautes américains et de la Silicon Valley. Les opposants à ACTA ne manquent évidemment pas de souligner la filiation entre ces législations jugées « liberticides » à l’égard d’internet et comptent bien renouveler l’exploit à l’occasion de l’examen par le Parlement Européen.

Inutile de dire que la décision du gouvernement allemand de reporter sa décision en attendant l’examen par le Parlement Européen a donc « boosté » le moral des opposants qui s’apprêtent désormais à monter à l’assaut des euro-députés dans les prochaines semaines, avec en mémoire l’épique bataille de la directive contre les brevets logiciels, remportée de haute lutte contre l’industrie informatique dans cette même enceinte en 2005.

Certes, ACTA apparait loin, très loin des préoccupations des français et des candidats à quelques semaines du premier tour des présidentielles, mais la médiatisation des manifestations de ce weekend, la prise de position du candidat Hollande qui enfonce le clou déjà planté dans Hadopi, et la forte capacité de mobilisation des anti-ACTA sur le web pourrait bien venir jouer les trouble-fêtes dans la net-campagne qui démarre. Après avoir vanté avec insistance l’exemple allemand, on peut se demander si cette décision de notre voisin d’Outre-Rhin inspirera également le candidat-Président.


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