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2012 : fact checking, data campaign, omni-médiatisation & autonomisation

Transparence politique & 2012

Après 1-2-3 billets d’analyse sur les axes de campagne électorale hérités de 2007 et 2008 et sur les axes émergents dans la perspective de 2012, il convient de dessiner quelques pistes plus concrètes qui permettront d’exploiter ces axes.

Fact checking & débats augmentés : répondre aux enjeux des cohérences immédiate et endogène [cf. le deuxième opus de notre panorama]

Les candidats de 2012 vont devoir concilier deux impératifs apparemment contradictoires : réagir en temps réel et prendre en compte la mémoire temporellement illimitée d’Internet. Pour ce faire, la check list suivante devra être respectée par un candidat pour répondre aux enjeux des cohérences immédiate et endogène :

  • Être préparé en ayant fait son propre travail de fact checking pour ne jamais être surpris et ne pas laisser ses opposants cadrer certains de ses propos de manière négative sans offrir de conte-point ;
  • Ressortir ses propres vidéos d’archive en les contextualisant pour désamorcer de potentielles bombes médiatiques, voire en les resituant dans le temps, à côté d’autres vidéos, pour expliquer l’évolution de ses opinions ;
  • Disposer d’une base argumentaire exploitable à tout instant et couvrant le spectre complet du débat public (emploi, économie, environnement, logement, retraites, agriculture, sécurité, relations internationales, etc.) pour assurer la cohérence immédiate des réponses apportées sur Twitter auprès de nombreux journalistes et leaders d’opinion, notamment en marge de débats télévisés ou d’autres événements en direct dans une logique de télévision augmentée ;
  • Du point de vue de la logistique de campagne, mettre en place un canal très court entre le candidat et la direction de la campagne en ligne afin d’être en situation de réagir et surtout de s’adapter de manière très réactive – c’est d’ailleurs ce que Barack Obama a fait en nommant Joe Rospars comme directeur des stratégies digital pour 2012 ainsi que Mitt Romney avec Zac Moffatt – ce dernier expliquant sur Techpresident l’importance d’une telle configuration.

Data Campaign : répondre aux enjeux de la cohérence exogène [cf. le deuxième opus de notre panorama]

2012 sera la première Data Campaign d’ampleur. À la faveur de l’essor de l’open data, les citoyens, journalistes et think tanks auront en effet à leur disposition de nombreuses données (économiques, sociales, environnementales, etc.) et d’outils pour les convertir en propos graphiques (dataviz) partageables avec le plus grand nombre. Les candidats aux présidentielles veilleront certainement à suivre les points suivants :

  • Prendre en compte la remédiation partielle du débat public opérée autour des données en identifiant les acteurs clés de cette Data Campaign, à savoir les think tanks qui ne manqueront pas d’intervenir dans le débat public, les ONG qui n’hésitent pas à appuyer leurs campagnes sur des données (telle Greenpeace avec « How Dirty is your Data?« ) ainsi que les médias se réclamant du Data Journalism tels Owni, Le Monde avec ses Décodeurs ou encore Libération avec sa rubrique Detox ;
  • Adopter une logique de datatelling consistant à appuyer ses propositions sur des données en respectant certaines règles essentielles de construction des messages ainsi exprimés – définition précise du message à véhiculer, recherche des sources pertinentes et fiables, traitements statistiques nécessaires, contextualisation via l’utilisation de comparaisons, scénarisation des interactions offertes aux utilisateurs pour que ceux-ci appréhendent plus facilement le message d’ensemble à travers leur situation personnelle – voir le très bon « Zoomer ou dézoomer ?Les enjeux politiques des données ouvertes » par Dominique Cardon .

Une campagne omni-médiatique : assumer une certaine « banalité » [cf. le troisième opus de notre panorama]

Si le populisme est tout sauf une tendance nouvelle, l’essor de nouvelles techniques de communication et l’apparition consécutive de nouvelles règles médiatiques (nouveaux espaces et nouveaux acteurs) donnent un relief inédit à cette aspiration égalitariste. Sans prétendre traiter, fut-ce partiellement, de l’impact du populisme sur la substance politique, la représentation de banalité qui accompagne souvent ce mouvement de fond peut être construite et exploitée de la manière suivante :

  • Faire apparaître les coulisses de la campagne via une équipe de journalistes reporters d’images chargés de révéler certains « secrets de fabrication », de donner un rôle aux militants assistant aux meetings ou encore de faire ressortir les moments de spontanéité du candidat ou de son entourage – voir par exemple le travail vidéo initié par Mitt Romney ;
  • Désigner des porte-parole variés disposant chacun d’une expertise claire afin d’éviter de faire apparaître un candidat isolé et par trop « descendant » – sans oublier bien évidemment que le candidat devra conserver une place à part, de chef d’orchestre respecté et incontesté, au sein de ce visage légèrement plus collectif que par le passé ;
  • Conserver à l’esprit que chaque instant d’une campagne est potentiellement enregistré et dès lors médiatique, ce qui ne doit certainement pas conduire à renier toute spontanéité mais à bien veiller à ne pas apparaître en contradiction avec ses idées, ses messages, son personnage public.

Donner une forte autonomie à « son mouvement » [cf. le troisième opus de notre panorama]

Les mouvements politiques récents s’étant construits de manière matricielle et peu hiérarchique, il pourrait être utile, en fonction de sa plateforme politique (nature des messages et du mouvement recherché), d’intégrer un peu de leurs ingrédients dans sa dynamique de campagne :

  • Faciliter l’entrée – et la sortie – du mouvement de soutien grâce à des réseaux et outils créant différents niveaux de militantisme, du partage d’informations sur des réseaux en ligne à l’organisation spontanée d’événements en passant par la participation à des initiatives ou débats créés par d’autres ;
  • Introduire une dynamique de jeu qui permettra de faire émerger et de reconnaître sur une base relativement équitable les meilleurs éléments militants au sein de sa campagne – voir par exemple les outils militants mis en place par Tim Pawlenty ;
  • Au-delà d’une démarche participative qui reste, dans sa genèse, descendante et qui consiste à demander leur avis ou leurs idées aux militants, il sera plus à propos de mettre en place un système de questions-réponses similaire à ceux observés sur Quora ou Facebook Questions. Un tel système permettra à la communauté militante de faire émerger spontanément des sujets de fond ou des problématiques d’organisation et de trouver les premières réponses en son sein. Pour aborder des questions techniques ou plus complexes, un cadrage expert pourrait être effectué par une personne du staff de campagne ou d’un think tank associé avant de lancer la conversation, à la manière de ce que les Ted Conversations proposent.

Ne pas oublier le passé récent : désintermédiation, participation, mobilisation restent d’actualité

Les axes de campagne hérités des années 2004 à 2008 restent bien évidemment d’actualité en 2011 et 2012. Toute campagne devra donc s’appuyer sur les piliers suivants :

Mot de fin (temporaire)

La transparence est en passe de devenir une valeur clé en politique. Barack Obama n’a rien dit d’autre dans son récent discours sur le Moyen-Orient.

Nous soutiendrons l’accès libre à Internet ainsi que le droit des journalistes à être entendus – qu’ils s’expriment dans les colonnes d’un grand média ou sur un blog. Au 21ème siècle, l’information c’est le pouvoir ; la vérité ne peut être cachée ; et la légitimité des gouvernements sera fonction du degré d’information et de participation de ses citoyens.

De manière concrète, les formes de cohérence immédiate, endogène et exogène ainsi que la tendance à une vie publique mettant l’égalité en avant forment le cadre dans lequel la notion de transparence va pouvoir prospérer pour s’imposer aux candidats aux échéances de 2012.

Après ce premier panorama introduisant la séquence électorale de 2011-2012, Netpolitique s’attachera bien sur à fouiller plus en détail les axes qui seront ainsi déployés et les tactiques précises des différents candidats.

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Anthony Hamelle - who has written 11 posts on Netpolitique.


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4 Responses to “2012 : fact checking, data campaign, omni-médiatisation & autonomisation”

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  1. [...] pas à commenter et reprendre ! Et merci à Netpolitique pour [...]

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  3. [...] Democracy Forum Paris; Anthony Hamelle, Responsable R&D chez CLM BBDO et auteur de cet article sur Netpolitique et Jean-Marie Charon, Sociologue des médias [...]

  4. [...] 2012 : fact checking, data campaign, omni-médiatisation & autonomisation, publié le 28/06/2011 par Netpolitique.net/. « Les candidats de 2012 vont devoir concilier deux impératifs apparemment contradictoires : réagir en temps réel et prendre en compte la mémoire temporellement illimitée d’Internet. Pour ce faire, la check list suivante devra être respectée par un candidat pour répondre aux enjeux des cohérences immédiate et endogène. » [...]


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