Archive | juillet, 2009

Twitter lobbying / Acte II

 

En mars, alors que la mobilisation Hadopi sur twitter tentait de percer son propre chaudron (le hashtag #hadopi), nous suggérions, dans le billet « Twitter lobbying | Ne me twitte pas ! », de rendre cette Twittmanif encore plus efficace en trempant les politiques dans la marmite de conversation, via un mouvement massif de tweets et replies ciblés en direction des protagonistes :

 

« Il y a un hic à tout cela : à part quelques twitter-banderoles impliquant les députés, la twitter-manifestation ne met jamais sous pression directement les décideurs publics, et toute cette belle énergie s’évapore sans jamais faire entrer les députés et ministres français (pourtant présents sur twitter) dans la cocotte-minute de la conversation »


Nous en rêvions, Obama le fait pour défendre son projet d’Assurance maladie (Heath Insurance).

 

En fait, comme nous l’avions expliqué, la Sunlight Foundation et d’autres ont déjà utilisé cette technique de lobbying sur Twitter. Mais Obama la perfectionne pour en faire un outil de mobilisation citoyenne Tweet Your Senator, accessible depuis le site Organizing for America. Il va aussi plus loin dans la mise en responsabilité politique des sénateurs en permettant au twitter lobbyiste de s’adresser au sénateur de sa circonscription (code ZIP US).

 

arncouk To @JohnCornyn: We need affordable health insurance for every American now http://bit.ly/r2eoE #hc09 #TX #75009


Ndlr : marrant, le sénateur du 9ème arrondissement de Paris s’appellerait John Cornyn :)

 

Tweet Your Senator n’est qu’un outil de la stratégie de mise sous pression des sénateurs : quelques jours auparavant, le Président américain appelait en personne quelques blogueurs afin de leur expliquer pourquoi sa réforme était essentielle au pays. Obama joue la carte du militant en ligne, se positionnant en bordure du système médiatique traditionnel qu’il pense hostile à son projet, mais en héraut d’un mouvement populaire

 

«Je sais que les blogs sont les plus à même de démonter les mythes relayés par un grand nombre de médias traditionnels » (…) « Et c’est la raison pour laquelle vous allez jouer un rôle important dans notre succès dans les semaines à venir. »

 

Quid du twitter lobbying en France ? La mobilisation Hadopi a raté le coche, mais à n’en pas douter, nous verrons sous peu quelques mouvements lobbyistes ébranler le système politique. D’ailleurs il semblerait que cela ai déjà commencé… (via @nicolo)

 

Thanks @palpitt pour son top-minding éclairage :)

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La gauche italienne sur le gril d’un Vaffanculo Day

Beppe Grillo est un homme politique à part, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas un homme politique. Bepe Grillo est comique  de son Etat transalpin, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il trouve largement sa place dans la Commedia dell’arte de la vie politique italienne.

 

Beppe Grillo a annoncé sa candidature pour les primaires du Parti Démocrate italien qui  auront lieu le 25 octobre 2009

 

Lundi 13 juillet, il s’est même présenté, en tenue de vacancier, à la permanence d’Arzachena, en Sardaigne, pour y déposer sa demande d’inscription et payer sa cotisation.

 

Cependant la gauche a eu soin de s’occuper de son cas : sa candidature a été rejetée par les caciques du Parti. « Nous ne sommes pas un tramway dans lequel on monte au gré des circonstances », ont tonné les dirigeants démocrates  . La demande d’adhésion du comique italien a été rejetée. Ses 16 euros de cotisation vont lui être rendus. Toc !

 

Voilà qui pourrait mettre Beppe en colère, et ça c’est une mauvaise nouvelle pour la gauche italienne car le trublion n’en est pas à son premier excès de rage.

 

Le 8 septembre 2007, il organisa le « Vaffanculo Day », dans 180 villes de la péninsule. Littéralement, cela signifie « le jour d’aller se faire foutre », et Beppe Grillo précise : le Vaffanculo Day est un « V-Day, c’est à dire à la croisée du D-Day du débarquement de Normandie et du V de Vendetta ». Le concept est simple et ça marche : dans tout le pays, les italiens se sont rassemblés sur les places publiques, avec pour objectif, explique altermedia (reprise de l’article Der Spiegel sept 2007) de dénoncer et de moquer l’arrogance et l’égocentrisme des hommes et femmes du pouvoir : « A Bologne, cette journée anarcho-citoyenne, anti-politicienne, a rassemblé plus de 50.000 personnes pour acclamer les sketches et les satires de Beppe Grillo et se payer collectivement, dans une ambiance de kermesse, la tête des politicards en place. En même temps, des centaines de milliers de citoyens italiens ont signé une proposition de loi, suggérée par leur sympathique bouffon, qui s’y entend à merveille pour désigner et fustiger eles marionnettes du pouvoir partitocratique. Cette proposition de loi suggère que les parlementaires condamnés pour faits de droit commun cèdent immédiatement leur siège et quittent l’arène politique ; que les députés ne pourraient, à l’avenir, n’être élus que pour deux législations successives ».


Un V2 Day sur le même concept fut organisé en avril 2008 (voir la fiche wikipedia)

 

 

Le maquisard du web

 

 

Les Vanffanculo-Days ne sont qu’une infime partie des différentes opérations menées par Beppe Grillo, qui s’appuie pour les mener sur une stratégie online très forte. Et pour cause,  car le comique s’est rapidement mis les medias à dos (qui plus est des medias principalement contrôlés par qui l’on sait), qui l’ont privé d’apparition télévisuelle pour cause de trop grande impertinence. Depuis 2005, il a fait de son blog, l’un des plus consultés au monde, un moyen de pression important sur le monde politique.

 

Le comique s’est aussi mis la gauche intellectuelle à dos, à commencer par Eugenio Scalfari, éditorialiste du journal l’Espresso, comme l’explique Altermedia : « Quant à l’éditorialiste Eugenio Scalfari, dont les articles sont largement lus et commentés dans la péninsule, il estime que l’anti-politisme mène toujours à la dictature ! (…) Scalfari craint que Grillo ne lance un « populisme virtuel » où internet et ses blogs remplaceraient les débats parlementaires et usurperaient ipso facto le rôle dévolu depuis toujours aux chambres. Déjà, se plaint Scalfari, les ministres en place possèdent leurs sites où, sous pseudonyme ou par le détour d’un commentaire, lancent des peaux de bananes sous les pieds de leurs collègues au sein du gouvernement »

Deux Italie s’affrontent…

200 000 Italiens étaient déjà inscrits via Internet au  » V-Day » de septembre 2007. C’est essentiellement grâce à Internet que cette opération avait été organisée par des groupes de citoyens (par ex les « Amici di Beppe Grillo »), qui se sont constitués sur les plateformes de Meet-up, extensions  du site de mobilisation de Bepe Grillo, qui contient nombre d’outils de mobilisation sociale : téléchargement de ‘flyers’, messages pour SMS prêts à l’emploi, appel à faire des dons, vidéos sur Youtube, Google map des évènements, page de fans Facebook, etc.

 

Par ailleurs, Bepe Grillo innove aussi sur d’autres fronts, par exemple en créant un autre outil en vue des élections locales : les listes civiques , sur lesquelles les internautes peuvent s’inscrire pour constituer des listes locales, en dehors des partis, mais « certifiées transparence beppegrillo.it »

 

Un Bepe Grillo français ?


Question sans doute déplacée tant les systèmes politiques sont différentes de part et d’autre des Alpes, mais pas inopportun quand on apprend que Beppe Grillo est couronné du titre de « Coluche italien ». Beppe Grillo devait recueillir d’ici au 20 juillet, entre 1 500 et 2 000 signatures de membres, en provenance de 5 régions différentes, comme le prévoit le statut du parti démocrate italien pour participer aux primaires (apparemment, il n’aurait pas réussi). En France, le rapport Terra Nova sur les primaires à la française , porté par Arnaud Montebourg, Olivier Ferrand, et Olivier Duhamel, propose que « puisse être candidate toute personne remplissant les conditions d’éligibilité à la présidence de la République, et soutenue par au moins 10% des votants dans l’un des collèges suivants : les parlementaires socialistes (logique de leadership national émergent), les maires socialistes (reconnaissance de l’expérience politique locale), les adhérents du Parti socialiste depuis au moins six mois à la date du vote (logique de popularité), les membres du conseil national du parti socialiste (logique d’appareil). »


La logique de popularité pourrait bénéficier à un Beppe Grillo français et, pour reprendre le mot de Montebourg, diablement « sortir le parti du formol »

 

A n’en pas douter, une telle candidature aurait sur le web une ampleur autre que la pétition en ligne lancée par moscovici sur son site PrimairesOuvertes.fr (à ce jour 2316 signataires)

 

La résurrection d’une candidature Coluchienne + une mobilisation en ligne reposant sur une forme d’apolitisme larvée, voilà qui pourrait faire trembler le Parti Socialiste français. En un mot : Vaffanculo…


A lire :

> Beppe Grillo annonce qu’il apparaitra virtuellement en trois dimensions lors du congrès démocrate… Ah Italia, bel paese,  quand tu nous tiens !

« Je vous donne rendez-vous le 25 octobre. J’y serai. En chair ou en hologramme. Peut-être que, lors du Congrès du Parti Démocrate, j’apparaîtrai en trois dimensions pendant que Bersani [ancien ministre et candidat à l'investiture] fera son discours. Ou peut-être que je serai sur la Toile, en vidéo-conférence. Et en ce qui concerne le vote… Je suis déjà presque élu. Si vous regardez les sondages de leurs journaux, de L’Espresso… les primaires ont déjà eu lieu. (…) Et je vous le dis, j’ai déjà gagné. Pas moi, mais vous. Vous avez gagné, vous tous avec lesquels on collabore sur la Toile, les Listes Civiques, tout ceux qui m’écrivent ou s’expriment sur mon blog. Eux ne vont jamais lâcher, nous non plus »


> Le 16 juillet,  les sondages annonçaient que Beppe Grillo emporterait haut la main les primaires du Parti Démocrate italien et en deviendrait le premier secrétaire

 

 

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Organiser la conversation avant d’animer la communauté

Billet croisé avec PR2Peer

En anglais, le titre du présent billet serait « Conversation Management comes before Community Management ». C’est un des enseignements de la dernière série de visites entreprises par Barack Obama en Russie, en Italie et plus particulièrement au Ghana. On a longuement discouru des talents de community management (animation de communauté) du candidat Obama, pour remporter l’élection, puis de la Maison blanche, pour faire avancer son programme de réformes face à un Congrès jamais soumis, sous sa présidence. Mais au-delà de cette capacité à mobiliser ses communautés de soutiens, les équipes digital de Barack Obama savent bien qu’il convient également de jouer quelques notes de conversation management afin de faire vivre ses différentes interventions et initiatives dans un agenda médiatique qui ne l’attend pas toujours – nonobstant l’intérêt indéniable que Barack Obama suscite encore auprès de foules nombreuses partout dans le monde.

Aussi la visite de Barack Obama au Ghana, à l’occasion de laquelle le président des Etats-Unis a prononcé un discours (disponible en cinq langues) portant notamment sur l’importance d’un épanouissement démocratique de l’Afrique pour son développement économique et social, a été accompagnée par un dispositif très adapté d’animation de la conversation. Outre l’événement créé sur Facebook, on retiendra surtout la création d’un hashtag (marqueur) dédié pour Twitter, sans doute à destination des citoyens américains utilisateurs du service de conversations instantanées, et bien sur la mise en place d’un système de collecte d’opinions et de messages via SMS à destination des habitants de différents pays africains. Cette dernière initiative, à laquelle The White African a semble-t-il contribuée, révèle la volonté de Barack Obama de créer une dynamique de participation, avec des outils adaptés, auprès des citoyens de pays tiers dans le cadre de sa politique étrangère.

Au final, la Maison blanche nous livre un nouvel exemple de sa stratégie d’inscription dans les conversations individuelles et leur dynamique, et pas seulement dans les messages diffusés par les médias de masse… 

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PDF09 : de Fact Check aux Checks and Balances

Une analyse trans-outre-atlantique du Personal Democracy Forum 2009, qui a eu lieu à NYC cette semaine et a rassemblé la fine fleur de l’e-democratie mondiale, bouscule en nous des rêves infinis de Netgouvernance.

 

Avec l’humilité de celui qui n’a pas assisté IRL aux débats, mais qui a suivi de près les débats passionnants qui s’y sont déroulés pendant deux jours, je me plais à noter que les différents intervenants de la conférence ont tenté, peut-être inconsciemment, une rédéfinition et un ajustement du principe des « Checks and Balances » (freins et contrepoids) cher aux démocraties occidentales, en particulier les USA. Cette clé de voûte fondatrice de l’architecture institutionnelle, selon laquelle tout pouvoir doit être limité par un autre, trouve sûrement tout son sens dans l’intervention d’Andrew Rasiej, organisateur de la conférence:

 

“Peu m’importe que le gouvernement me surveille si je peux surveiller le gouvernement”


A l’Ouest rien de nouveau, le débat sur le 5ème pouvoir a déjà eu lieu, il a même traversé l’Atlantique

 

Mais voilà, la grande nouveauté Obamienne, c’est que ce pouvoir est désormais institutionnalisé. Le Gouvernement US met à disposition des citoyens des outils bruts de contrôle du Gouvernement US. De ce fait, le pouvoir de surveillance des citoyens devient une branche intégrée de la séparation des pouvoirs

 

Avec Obama, on est passé du Factcheck aux Checks and Balances


Le pouvoir de surveillance n’est plus externalisé (voir par exemple le très bon site Factcheck.org de l’Annenberg Public Policy Center of the University of Pennsylvania), il est désormais intégré.

 

Laissons la parole à ceux qui étaient à la conférence :

 

Francis pisani, sur Transnets : « un des axes essentiels de la conférence de cette année est qu’on insiste moins sur la participation – si difficile à mettre en place – que sur la mise des données de l’État à la disposition du public, ce à quoi l’administration Obama s’attaque d’arrache-pied avec des sites comme Data.gov et Recovery.gov. »


Meilcour dans 10 choses que je retiens du PDF09 : « La révolution de Vivek Kundra (Ndlr : responsable du digital d’Obama) est majeure, et de deux ordres. Premièrement, il considère que la donnée sur l’action publique est un bien public, qui doit être mis à sa disposition, de manière brute. Charge à la société de développer des applications pour les rendre lisibles. C’est le projet data.gov. Le gouvernement ne va pas arrêter totalement son spin politique, et ses conférences de presse, bien sûr, mais il offre au citoyen la donnée d’action brute et accessible. Il livre des sources ouvertes. C’est profondément subversif. La deuxième révolution, c’est l’objectif de transparence intégrale. Le premier exemple dévoilé par Vivek Kundra donne une idée de l’ampleur de l’ambition : usaspending va permettre à chacun de suivre les dépenses de l’administration, et les projets associés. Première application sur les dépenses IT des ministères. Tout un chacun peut naviguer dans les données, et comprendre de manière très lisible. Les grands fournisseurs de services informatiques ne sont pas ravis des mesures, ni les directeurs informatiques : tant mieux ! »


Recovery.org, Data.gov, et usapending.gov, avec ces trois sites révolutionnaires, les citoyens ont accès aux données brutes, et finalement, seront confrontés à la même obligation d’analyse (et de choix) que les décideurs publics.

 

Obama met en place une stratégie d’institutionnalisation du citoyen, qui d’une certaine façon, est aussi un moyen de contourner les critiques soulevées sur les sites participatifs du Gouvernement, comme le note Meilcour dans le point 6 de son billet.

 

Osons : il y a quelquechose du protestantisme dans cette stratégie, car le citoyen doit désormais trouver seul le chemin de la Grâce face à ces gigantesques quantités de données brutes. Plus d’intermédiaires, plus de hiérarchie, mais les principes fondateurs du protestantisme : la grâce seule; le livre seul

 

A n’en pas douter, Le Ministère des finances français (qui vient de lancer le site participatif Ensemble Simplifions) pourrait bien s’inspirer de cette stratégie pour tenter une institutionnalisation citoyenne du grand emprunt lancé par Nicolas Sarkozy…

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